S'enparole

Publié le par Polixène

Tu viens d'un si lointain présent...

Une esquisse de geste

M'en dit plus long sur toi

Qu'un buisson de paroles...

Mots d'ire! Mot-coeur!

 

Et toi, prenant ce temps,

Tu bâtis ta saison

Aux frontons de l'urgence

Tout  fleuris d'allusions

Que le silence érafle...

Mots d'ire! Mot-coeur!

 

En pattes de renard

Je voudrais t'approcher,

Mais ton chant s'effarouche

A ce signe d'autrui...

Ton regard vient rôder

Aux abords de l'instant...

Mots d'ire! Mot-coeur!

 

Quelque danse parfois

nous dévoile tes rêves,

Tes mains signent l'espace

D'une érosion sans traces...

 

 

Jeanne Djoumpey

(Texte dédié à  une jeune "autiste" , dont la rencontre me laissa de vifs souvenirs)

 

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(auteur photo inconnu)

(auteur photo inconnu)

Publié dans P...poésie

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J
Le néologisme du titre en signale le paradoxe : ce qui est enfermé en soi-même, dans le mutisme, l'incommunicable, trouve malgré tout à se dire. Un silence qui se ferait verbe, c'est le propos même que tu entends mettre ici en avant. Deux autres paradoxes ("lointain présent", "érosion sans traces") ouvrent et referment le poème, preuves qu'au-delà de la rencontre dont tu nous fait partager l'émotion singulière, l'énigme reste énigme. C'est que le mode d'appréhension du monde de l'autre obéit à un code si déroutant que toute tentative de contact direct ne peut s'envisager que par maraude ("En pattes de renard / Je voudrais t'approcher") et fuite ("s'effarouche"). Il s'agit d'opérer, plus à distance, un décryptage pour le moins complexe des modes de communication ("esquisse de geste", "ton chant", "Quelque danse", "tes mains signent l'espace"). Et encore n'est-ce que de façon décousue, subreptice ("esquisses", "allusions", "Aux abords de l'instant") que l'on peut avoir accès ("dévoile tes rêves") à quelques pans de cet univers décalé. Cependant, la soif de l'autre à communiquer est forte comme l'indique la métaphore "blocs d'urgence". L'expression "bâtis ta saison", si proche à l'oreille de "bâtis ta maison", met en perspective, par effet de comparaison sur la durée, la présence relativement courte de l'autre à l'échange. Les constructions exclamatives en double lecture ("Mots d'ire !", "Mot-coeur !") portent, en une sorte de cri démultiplié, la force des émotions élémentaires ressenties et transmises à la locutrice (la colère, la joie, l'amour).<br /> <br /> Merci pour le partage !
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P
C'est avec un retard éhonté que je découvre ton passage ici. Je m'en émeus et te remercie d'avoir pris la peine de commenter deux poèmes. Ce blog est un peu comme un jardin délaissé, mais entre les ronces on découvre des fleurs nouvelles. A te lire .
M
<br /> Très jolis mots pour rendre hommage à ce silence qui tue l'entourage...<br /> <br /> <br /> J'adore " quelques dances parfois...d'une érosion sans traces."<br /> <br /> <br /> Il y a de l'éveil qui donne espoir et puis soudainement s'efface...<br /> <br /> <br /> Je découvre de très jolis mots<br /> <br /> <br /> A bientôt<br />
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P
<br /> <br /> merci de ce retour, ça fait plaisir de partager.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Dis donc il est beau celui-là (les pattes de renard ça me connait) Plus sérieusement, cette approche progressive avec le nombre de vers qui augmente rend vraiment compte de la douceur et du<br /> respect de l'approche nécessaire pour traiter avec ton sujet, il y a bien quelque chose d'un hommage là-dedans. Chouettos!<br />
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P
<br /> <br /> Merci  de ta lecture, ça me fait chaud au coeur.<br /> <br /> <br /> <br />