Eugène Guillevic
Eugène Guillevic !
Une voix indispensable dans le concert du monde .
Une voix simple et têtue, sincère , en dehors des modes ...une poésie sur la piste de " l'être-là "des choses .
Et l'âme des choses touche la nôtre discrètement, en peu de mots ...
Quelques textes de Guillevic qui sont pour moi comme des galets que l'on rapporte d'une plage..
Haîku? qui a dit Haïku? ....
-----------------------------------------------------------------------------
Au-dehors l'arbre est là,et c'est bon qu'il soit là,
Signe constant des choses qui plongent dans l'argile.
Il est vert, il est grand, il a des bras puissants.
Ses feuilles comme des mains d'enfant qui dort
S'émeuvent et clignent.
EG
------------------------------------------------------------------------------------
Tu regardes la mer
Et lui cherches des yeux.
Tu regardes des yeux
et tu y vois la mer .
EG
-------------------------------------
La maison d'en face
Et son mur de briques.
La maison de briques
Et son ventre froid .
La maison de briques
Où le rouge a froid.
EG
-----------------------------------------------------
Il s'est passé
quelque chose à Carnac,
Il y a longtemps.
Quelque chose qui compte.
Et tu dis, lumière,
Qu'il y a lieu d'en être fier.
EG
---------------------------------------------------------
L'armoire était de chêne
Et n'était pas ouverte.
Peut-être il en serait tombé des morts,
Peut-être il en serait tombé du pain.
Beaucoup de morts.
Beaucoup de pain.
EG
-------------------------------------------------
Crois-tu qu'il t'aime, le sable,
Qui sans toi serait debout
Dans le roc qui te domine,
Alors qu'il te sert de lieu
Où tu viens te promener ?
EG
----------------------------------------------
Assiettes en faïence usées
Dont s'en va le blanc,
Vous êtes venues neuves
Chez nous.
Nous avons beaucoup appris
Pendant ce temps.
EG
----------------------------------------------------------------
La porte en bois mouillé
Au fond du jardin
Qui n'ouvrait pas
Elle en savait long
Sur les moisissures
Et le fer des gongs
Et nous a poussés dans les bras du temps.
EG
----------------------------------------------------------------------
Suppose
Que le bois de la table
Réclame ses racines
Et que je te demande
De nous y prendre ainsi
Qu'il ait surtout besoin
Du toucher de nos mains.
EG
---------------------------------------
Oui , l'eau coule et l'arbre attend.
Elle coule au creux de la terre,
Elle coule dans la chair de l'arbre
Et l'arbre attend.
EG
--------------------------------------------------------------------------------------------
Suppose
Que je vienne et te verse
Un peu d'eau dans la main
Et que je te demande
De la laisser couler
Goutte à goutte
Dans ma bouche.
EG
-----------------------------------------------------------------------