Humalimaine
S'il n'est parole que grossière
S'il n'est secret qu'évaporé
S'il n'est joie que canalisée
Laissez-moi donc jouir des allusions du vent sur l'envers des feuillages
Humer, jusqu'aux vert-tiges,
Le sourire impalpable des plaines aux conques de l'été;
Laissez-moi m'abreuver
Laissez-moi m'ennivrer
Du silence des cimes au rictus de Bouddha
Et me sentir fétu de paille,
Molécule insolente de ce silence basaltique...
S'il n'est désir qu'édulcoré , et révolte que calculée,
Laissez-moi ,
-distillée, défroquée de mon corps-
devenir bleue, or, vert, ardoise, mordorée,
reflet insoupçonné de l'esthétique humaine...
Et s'il n'est bonheur qu'organique,
Laissez-moi me vautrer sur le ventre sauvage , entr'herbu, des collines...
me terre
Graminée, asphodèle, graine, pollen, humus
Etre l'orgue...et puis l'oeil du chant de leurs entrailles
Laissez-moi me noyer dans les veines ardentes, irisées, du soleil
ou me faire brillance,
à ses sables mourant...
Laissez-moi, morte enfin, libre d'aimer la terre
- orgasme magmatique aux lisières de l'être !
Ah ! retourner enfin le masque du langage, et manger ses racines d'argile ...
Puis errer, souterraine, toute cellule vive,
Vivre quatre milliards d'aventures
Et l'unique pensée des êtres à venir...
Jeanne Djoumpey