Lise

Ce que je veux te dire ne regardait que nous, raison pour laquelle je n'ai pas voulu parler en t'accompagnant vers ton  dernier voyage, comme l'a si bien dit Alain  .

Ne regardant que nous, regarde nos enfants , leur tendresse et la clarté de leurs regards .
Ne regardant que nous , regarde l'enfance du monde .


Cousine , je t'ai aimée d'un amour alternatif, oscillant entre admiration et indifférence , entre complicité et déception, entre  révolte et respect .

Mais j'ai toujours gardé  pour toi une grande, une chaude  tendresse .Te l'avais-je seulement dit?

De 7 ans mon ainée, il ne fut pas facile pour moi de m'affranchir de ton influence, quand , adolescente, je cherchai une soeur et trouvai en toi  un maître-à-penser , un maître-à-admirer (magister familias)...Mais... Fi de l'allégeance, je te renvoyai dans tes cordes, superbement  !
Smatch!
 Ce fut sans compter sur  ta nature de "roi-soleil " ,qui s'en trouva fort embrumée à mon égard, et pour toujours:
voilà comme on tombe en disgrâce !

 Bon an mal an pourtant, ce que l'orgueil nous enleva nous fut rendu par la maternité , et d'autres perspectives s'ouvraient à nous , mères actives, indépendantes et engagées .
Ta disparition brutale me laisse le regret de n'avoir mis tout cela à plat en face à face, car le peu de jours où nous nous voyions était consacré à la légèreté, à la rigolade : les vacances sont si brèves, la vie  si lourde parfois !

Elle le sera plus encore désormais sans ta joie lumineuse ,sans ta volonté farouche de joie,  ton instinct de joie .

Sois  remerciée ici , somptueuse Antigone .
Ta petite ka-ou:kou/z-i:zi/n-e:ne .